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KALI ISHTADEVATA ... 🔺



Parèdres des grands Dieux

Par grands dieux, on entend les dieux de la Trimurti, à savoir Brahmâ, Vishnu et Shiva. Dans l'hindouisme populaire, les Déesses sont vues comme les épouses des Dieux. Ainsi :

  • • Sarasvatî, la Déesse du Savoir et de la Connaissance, est l'épouse de Brahmâ, le Créateur,

  • • Lakshmî, Déesse de la Richesse et de l'Abondance, est celle de Vishnu, le Préservateur,

  • • La Shakti (parèdre, puissance) de Shiva affecte de très nombreuses formes :

o Des formes paisibles, bienveillantes, symbolisées par la mère de Ganesh, la belle Déesse Pârvatî o Des formes combattantes, symbolisées par la très vénérée Déesse Durgâ : "Elle est la conscience transcendante dans toute la connaissance. Elle est le vide dans tous les vides. Elle, au-delà de qui il n'est point d'au-delà, est appelée l'Inaccessible." (Devi Upanishad) o Des formes terribles et destructrices, symbolisées par l'effrayante et sanguinaire Déesse Kâlî (mais on verra qu'elle est aussi aimée comme une Mère...).

Les dévots de Shiva sont les Shaiva, ceux de Vishnu, les Vaishnava et ceux de la Déesse, les Shâkta. Pour eux, la Shakti est le Principe Féminin Suprême. Dans les temples du Sud de l'Inde (Tamil Nadu), les pèlerins Shâkta sont habillés de rouge, la couleur du sang menstruel dont la venue annonce un nouveau cycle et la possibilité de fécondation.

Kâlî, Shakti de Shiva, représente son aspect ou sa composante féminine, ainsi que son principe d’énergie. Elle est la mère de la vie, mais aussi de la mort. Cet élément de la divinité était si important que toutes les Shakti (de Shiva, de Vishnou, etc.) finirent par prendre une indépendance qui les fit percevoir comme des déesses à part entière ; elles se regroupèrent sous le nom générique d’Adi-Shakti, la « Shakti primordiale », qui introduit à toute la tradition de la Mère divine, restée si prégnante en Inde.

Durgâ, Kâlî, Lakshmi ne sont plus alors que des déterminations fonctionnelles de cette déité suprême – encore que Kâlî en soit la figure la plus répandue et la plus vénérée du point de vue populaire, même si les brahmanes (et, plus tard, l’administration coloniale anglaise), ont tenté de contenir un culte qui échappait à la stricte ordonnance rituelle, et qui recelait en lui des potentialités perçues comme largement anarchiques.

La mythologie raconte que, pendant un âge sombre, un démon indestructible parcourait la Terre. Seule une figure féminine, regroupant les trois Forces Divines de Brahmâ, Vishnu et Shiva pourrait en venir à bout. Ce fut Durgâ, la Mère. Mère Kâlî est une incarnation de Mère Durgâ et de Mère Pârvatî, et toutes trois rassemblent la Force Féminine (Shakti) de Shiva. Vint un temps où les forces mauvaises étaient si puissantes sur Terre que Mère Durgâ ne put en venir à bout : c'est pourquoi Mère Kâlî vint à son tour. Kâlî Mâ détruisit tous les démons et elle dut boire tout leur sang pour nous sauver car si une seule goutte en était tombée au sol, les Démons se seraient multipliés. Mais sa Puissance était si grande que, simplement en posant son pied à terre, elle provoqua un tremblement de terre capable de ravager la Terre. C'est pourquoi Shiva se coucha sur le sol et qu'en voyant son visage divin, la Déesse se calma.

« Kâlî la noire, Durgâ la rouge et Sarasvatî la blanche sont trois aspects opérationnels de la nature initiatique de la Déesse. Elles apparaissent à des stades différents de l’évolution spirituelle (…), ou dans des circonstances spécifiques dont l’intensité ou le caractère exceptionnel appelle une intervention d’un message de la Déesse, soit comme point de repère, soit comme encouragement ou comme support de méditation ». (Jean Letschert, Le temple intérieur, éd. Du Trigramme)

Devî, la Déesse-Mère

« Tout est dans la Devî, et la Devî est dans tout ». C’est ce que Shankaracharya (fondateur de l’Advaita Vedanta, philosophie de la non-dualité) résume dans les vers d’introduction d’une de ses compositions (Saundarya Laharî) dédiée à la Déesse-Mère : « Seulement si Shiva est uni à la Shakti, devient-il capable de créer le monde, sinon il n’aurait même pas la faculté de vibrer ».

« La mère est le passage du non-être à l’être, mais elle est aussi le chemin inverse : le retour à l’Origine, et la réabsorption dans le Grand Vide. (…) La Grande Déesse-Mère, par définition, abrite en son sein toutes les ambiguïtés, tous les paradoxes. Devî est le plus grand des paradoxes, et de loin le plus difficile à intégrer dans le processus évolutif de la conscience individuelle. La mère est à la fois la source et la perte de l’identité de l’enfant, elle est son premier et fondamental guide mais elle peut être son pire obstacle dans sa découverte de lui-même. La psychologie des profondeurs nous a révélé qu’elle peut être à tour de rôle la grande inspiratrice et la grande castratrice, aimante et dévorante, libératrice et possessive. »

(Jean Letschert, Le temple intérieur, éd. Du Trigramme)

1.La déesse Kâlî dans La tradition hindoue

Kâlî, "La noire" "La Terrible" "La Puissance du Temps", manifestation de Devî la déesse Mère, épouse de Shiva, incarne comme ce dernier les énergies de la création et de la dissolution. Liée au pouvoir actif du temps, elle est la personnification de "l'énergie primordiale du drame cosmique".

Elle apparaît vers 400 avant J.C. dans le Devî-Mahatmya, où il est écrit qu'elle sortit du front de Durgâ au cours d'une bataille entre forces divines et démoniaques. Kâlî est connue des Veda. Elle est censée être la septième langue d'Agni, le dieu du Feu.

On célèbre chaque année la Durgâ Puja, la victoire sur le mal, surtout au Bengale où le culte de Kâlî est très présent. En tant qu’émanation guerrière de la grande déesse Durgâ, elle est très vénérée dans les rites tantriques. Son aspect terrible est perçu par les hindous comme une forme de protection. Les dévots voient en elle l'image de la Mère aimante.

Le processus de la Re-Création est décrit comme le "jeu de Kâlî". Kâlî est la force qui détruit les esprits mauvais et protège les dévots.

Son nom dérive du mot Kâla, le Temps en sanscrit, Celui qui détruit toute chose. Kâla, c'est aussi "le Noir". Kâlî a donc été comprise comme "Celle qui est le Temps", "Celle qui dévore le Temps", "la Mère du Temps", "la Noire" ou encore "Celle qui est le Temps Noir". L'association de Kâlî avec la noirceur contraste avec son pendant masculin, Shiva, dont le corps sombre est couvert des cendres blanches des champs de crémation où il a coutume de méditer. Celui qui vénère Kâlî est libéré de la peur de la destruction.

Elle ne doit pas être confondue avec Kali ("le Terrible"), un démon que l'on rencontre dans le Mahâbharata et qui est la personnification du Kali Yuga. En effet, le Kali Yuga n'est pas l'âge de Kâlî, mais l'Age Terrible, le dernier des Ages (Yuga) dans la conception cosmogonique cyclique hindoue. Cette confusion vient surtout de ce que la déesse Kâlî est effectivement d'apparence terrible et effrayante.

Déesse des guérisseurs, la Grande Mère l’est aussi des intouchables, et toutes les castes participaient à ses fêtes annuelles, dans l’affirmation d’une cohésion de fond qui dépassait toutes les distinctions hiérarchiques.

Déesse du combat sanglant et sans pitié contre les Asura (géants et démons), dans lequel elle supplée les dieux défaillants, la Mère divine se transforme en premier principe du manifesté à qui sont dues la gloire et l’adoration suprêmes :

‘’ Toi seule soutiens le monde,

Car tu as la forme de la Terre ;

Toi seule donnes vigueur au monde,

Car tu as la forme même des Eaux ;

ô toi dont la puissance

Ne peut être surpassée !

… Tu es l’énergie éternelle

Par quoi tout l’univers

Se crée, existe et disparaît :

Sur Toi les qualités se fondent

Et ne sont autres que Toi ! ‘’

Devî Mahatmya : « célébration de la Grande Déesse »


« Dans la même veine, elle devient Tripura, la triple déesse des trois (états de veille, sommeil avec rêves et sommeil profond). Elle est adoptée comme telle par les écoles ésotériques, généralement d’obédience shivaïte et à mi-chemin de l’hindouisme classique et des pratiques tantriques où, revenant à sa qualification de Kâlî, elle est représentée sous la forme du Shrî Yantra, diagramme mystique qui traduit, à partir de l’abîme de son point central, les processus de la création dans une éternelle pulsation de flux et de reflux, lorsque la déesse se distingue de Shiva pour le contempler « au miroir de son désir », puis revient à lui pour enlacer le lingam (Le lingam, toujours dressé et donc potentiellement créateur, est souvent associé au yoni (« lieu »), symbole de la vulve. Dans ce cas, leur union représente, à l'image de Shiva, la totalité du monde. Shiva assume les fonctions créatrice par le lingam et destructrice traditionnelle dans la Trimurti) d’une étreinte à la fois cosmique et spirituelle. » (Encyclopédie des symboles, Pochothèque – sous la direction de Michel Cazenave)

Kâlî sur le cadavre de Shiva

Représentation symbolique, ou mûrti

Les symboles de l'image de Kâlî sont extrêmement puissants et porteurs de signification spirituelle. Par Elle, on peut atteindre à une Vision de la Réalité Ultime.

Les descriptions classiques de Kâlî partagent plusieurs caractéristiques : Kâlî a quatre bras et mains. Deux de ces mains (habituellement celles de droite) portent une épée et une tête humaine coupée. Cela signifie que la Déesse finira par exterminer tout ce qui existe : nul ne peut échapper à son statut d'être mortel. Les deux autres mains font des gestes (mudra) de bénédiction. Elle sauvera ses dévots, ainsi que tous ceux qui l'approchent et l'honorent avec sincérité, dans cette vie et les suivantes.

Cette vérité fut expérimentée depuis les époques les plus lointaines des Veda : "Tous les êtres vivants sont la nourriture de Dieu, et la mort est son Condiment..." (Katha Upanishad, 1.2.25). Dieu et le Diable sont les deux facettes d'une même réalité. Ce qui est bon déploie notre nature divine, ce qui est mauvais la rétracte et éclipse notre divinité. La mort n'est pas la destruction de la vie car de la mort émerge une nouvelle vie, qui trouve son accomplissement en luttant dans la bonne direction.

Forme redoutable de Devî en tant que vengeresse destinée à "terrifier la terreur", le Kâlî Tantra en donne la description suivante :

• Ses 4 bras représentent les 4 directions de l’espace, identifiées au cycle complet du temps. De sa main droite inférieure, elle accorde protection à Ses dévots, tandis que le geste de Sa main droite supérieure signifie "Ne crains rien" (abhaya mudra). Elles représentent Sa mission divine de sauvegarder les intérêts des processus évolutifs de la création.

• Kâlî brandit son épée d'un éclat éblouissant, qui figure la puissance de destruction. Son aspect effrayant symbolise son pouvoir sans limite.

• Dans une autre main, elle tient une tête coupée : à moins que nous ne détruisions notre attitude égotique, la Mère ne dansera pas dans nos cœurs.

• Elle porte autour du cou une guirlande de 51 têtes, qui représente le Varnamala, c'est à dire les 51 lettres de l'alphabet Devanâgari qui sert à écrire le sanscrit. Pour les Hindous, chaque lettre de cet alphabet est dotée d'une énergie spécifique, d'un aspect de Kâlî. C'est sans doute pourquoi on la voit aussi comme la Mère du Langage et la Mère de tous les Mantra.

• On la représente souvent nue ; seule Mâyâ la couvre. Sa nudité représente la nature non-conditionnée de l'Energie Universelle dont la danse joyeuse et animée est la vie même. Infinie par définition, on ne peut que la représenter nue. On la nomme encore Digambari, c'est à dire "Vêtue d'Espace" : lorsque l’Univers est détruit, la puissance du temps reste nue.

• La couleur bleu sombre de Kâlî est celle de l'Infini. C'est aussi, incidemment, celle du ciel des profondeurs de l'Univers. L'aspect bleu sombre de Kâlî suggère qu'elle est la matrice de toutes les couleurs du Monde manifesté (toutes les couleurs prennent forme en Elle). Sri Ramakrishna disait que les dévots avancés de la Déesse la voient dénuée de toute couleur; mais nous la voyons noire ou sombre en raison des impuretés qui encombrent notre mental. Elle n'a pas de caractéristique propre car elle continuera à exister lorsque l'Univers ne sera plus. C'est pourquoi les concepts de couleur, lumière, bon, mauvais ne s'appliquent pas à Elle : Elle est Energie Pure, non-Manifestée. Elle est Adi-Shakti, la Shakti Primordiale.

• Ses dents blanches visibles, sa langue rouge en avant, nous suggèrent de contrôler Rajas (Guna de l'action) avec l'aide de Sattva (Guna de l'équilibre, de l'harmonie). De ses dents, Kâlî mord sa langue. Cela fait référence à une technique du yoga. Lorsque la langue est détachée du frein qui la retient au palais, elle est libre de d'investir la gorge et de donner la mort.

• Kâlî est représentée debout sur le corps de Shiva. Shiva est Brahman, l'Absolu sans-Forme, au-delà de tout ce qui est relatif, en sorte qu'il est aussi Shava (le corps sans-Vie), l’image de ce qui reste de l’Univers lorsqu’il tombe au seul pouvoir du temps. Shiva reste inerte et inconscient depuis que dure sa nuit, ce qui correspond à l’individu dans le sommeil profond, où il retrouve la nature de Shiva. Mais il représente aussi l’individu en proie à l’illusion et qui, dans le monde de veille et les épreuves de la vie, reste comme endormi. Il est leurré et reste stupéfié, incapable de ressentir sa condition native de Majesté et de Roi de l’univers.

Lorsqu'elle entre en fureur, la danse de Kâlî met le monde en péril, aussi Shiva s'interpose-t-il entre les pieds de la déesse et la terre. Shiva, l'Esprit Eternel et Sans-Changement, allongé tranquillement, est absorbé en Lui-Même. L'évolution cosmique spatio-temporelle est fondée et soutenue par une Réalité cachée, qui a pour nom le Seigneur Shiva. Le monde du mouvement, du conflit et de la catastrophe, de la mort et du désastre, n'est qu'une apparence de réalité. Derrière cette réalité, nous pouvons trouver la réalité cachée, l'Esprit Eternel, dans sa Gloire transcendante et supra-cosmique.

La fonction de Kâlî n’est pas d’offrir la douceur de sa chair, mais au contraire de trancher les liens terrestres et matériels auxquels l’ego cherche en vain à se raccrocher. Cette puissance engendre des énergies redoutables, ressenties comme folles et furieuses et que l’individu se trouve incapable d’assumer, au contraire il en a peur et se trouve saisi d’effroi. Pour le Tantrika, il s’agit justement de la sensation recherchée car il lui faut sortir coûte que coûte de la torpeur et de l’ignorance. Il bat en brèche les règles du monde ordinaire.

• Ses trois yeux représentent le passé, le présent et le futur - les trois modes du Temps.

• Son troisième œil, l'œil de la Sagesse, est constamment fixé sur le visage de Shiva. Puisqu'elle est éternellement Satchidanandamayi (Etre, Connaissance, Félicité), Elle ne veut pas que quoique ce soit puisse la détourner de sa relation intime avec Shiva, le Support Transcendant, l'Inspirateur de toutes ses pensées et actions. Seul le Tantrika, par ce même œil symbolisant l’unité recouvrée, vise une efficience plus grande et cherche aveuglément à dépasser le doute et la peur. Lorsqu’enfin Shiva, sous les coups de butoir de la Shakti, s’éveille, par son œil de feu au milieu du front qui fait voir dedans et qui consume la dualité, il perçoit alors l’univers entier à son image.

• Sa coiffure échevelée symbolise Son autorité non disputée. Pour cette caractéristique, on la nomme aussi "Muktakeshî". (Cf. Mythologie hindoue Par William Joseph Wilkins)

« Kâlî est la déesse de la transmutation de l’énergie matérielle en Energie Spirituelle. Elle est la Grande Patronne du Purgatoire et régit la lourde entreprise de la transmigration des âmes. » (Jean Letschert, op. cit.).

Tous ces symboles attirent évidemment l'attention sur l'amour profond, l'affection véritable de Kâlî pour ses dévots, ses enfants humains.

Kâlî et Shiva, mouvement et immobilité

Kâlî est une déesse qui a une longue et complexe histoire au sein de l'hindouisme. D'un côté, elle est vue comme l'image ultime de l'annihilation ; de l'autre, elle est l'Ultime Réalité et la Source de l'Etre dans le cadre des croyances tantriques. Enfin, le mouvement dévotionnel dont elle est entourée La conçoit largement comme la Déesse-Mère qui regarde droit devant soi. Donc, de même qu'elle est associée à Shiva, de même est-elle aussi associée voire identifiée à d'autres déesses (Devî), comme Durgâ, Badrakâlî, Bhavanî, Satî, Rudranî, Pârvatî, Chinnamasta, Chamundâ, Kamakshî, Umâ, Minakshî, Himavatî, Kumarî et Târâ. La répétition de ces noms est d'ailleurs censée accorder des pouvoirs au fidèle.

Dans une interprétation tantrique, le Tattva de Shiva (la Conscience Divine en tant que Shiva) est inactif cependant que le Shakti Tattva (l'Energie Divine en tant que Shakti) est actif. Shiva, ou Mahâdeva, représente le Brahman, la Conscience Absolue et Pure qui se tient derrière tous les noms, toutes les formes, toutes les activités. Kâlî, d'autre part, représente l'Energie potentielle (et aussi manifestée) responsable de tout ce qui a nom, forme ou activité. Elle est sa Shakti, son Pouvoir de Création et on la conçoit comme la "substance" derrière le contenu complet de toute conscience. Elle ne peut en aucun cas exister indépendamment de Shiva ni agir sans Lui ; cela veut dire que Shakti, toute la matière-énergie de l'Univers, n'est pas distincte de Shiva, ni de Brahman d'ailleurs, mais elle est plutôt le Pouvoir Dynamique de Brahman.

Pour mieux comprendre ce symbolisme tantrique complexe, il convient de se remémorer que le sens profond de Shiva et Kâlî ne s'écarte pas des concepts non-dualistes tels qu'ils sont exposées par Shankaracharya, dans le Vedanta ou dans les Upanishad. Selon le Mahânirvana Tantra et le Kularnava Tantra, on distingue deux voies différentes pour percevoir la même Réalité Absolue :

· La première est le Plan Transcendantal, souvent dépeint comme statique et indéfini. Il n'y a aucune matière, aucun Univers, seule la Conscience Est. Cette "forme" de réalité est connue sous le nom de Shiva, ou encore l'Absolu Sat-Chit-Ananda (Etre, Conscience, Béatitude).

· La seconde est le Plan Actif, qui est immanent. C'est le Plan de la Matière, ou de Mâyâ, c'est à dire, le Plan où l'illusion de l'Espace-temps et l'apparence d'un Univers réel existent en effet. Cette "forme" de réalité est connue sous le nom de Kâlî ou Shakti qui, ultimement, est encore le même Absolu Sat-Chit-Ananda. C'est sur ce second Plan que l'Univers, tel que nous le concevons, est expérimenté et décrit par les Voyants comme le "Jeu" de Shakti, ou de Kâlî.

Dans une perspective tantrique, quand on médite sur la réalité comme Conscience Pure et Absolue (sans les activités de Création, Préservation ou Destruction), on médite sur Shiva ou Brahman.

Lorsque l’on médite sur la réalité comme une Dynamique et une Création, comme le contenu absolu de la Conscience Pure (avec toutes activités de Création, Préservation et Destruction), on médite sur Kâlî ou Shakti. Cependant, dans les deux cas, le méditant ne s'intéresse qu'à une seule et même réalité, la seule différence résidant dans la dénomination et les aspects fluctuants des apparences. C'est ce que l'on comprend, en général, du sens de Kâlî se tenant debout sur la poitrine de Shiva.

Une même énergie sous de multiples aspects

En dépit de sa forme apparemment terrifiante, Kâlî est souvent considérée comme la plus douce, la plus aimante de toutes les Déesses hindoues car ses dévots la voient en tant que Mère de l'Univers entier. De plus, sa forme terrible fait que, justement, on la perçoit comme une force formidable de protection.


Version polycéphale de Kâlî nommée MahaKali

Les apparences et les noms de Kâlî sont très variés. Shyama, Adya Mâ, Târâ Mâ, Dakshina Kalika, Chamundâ sont des formes populaires. Puis il y a aussi Bhara Kâlî, très douce, Shyamashana Kâlî, qui ne réside que sur les lieux de crémation.

Sous le nom de Chamundâ, elle fut chargée de tuer l'asura (démon) Rakta-Vija (de rakta, sang) en buvant tout son sang, car chaque goutte tombée sur le sol engendrait un nouvel asura. Elle finit par consommer sa chair. "Celle qui extermina les grands démons Chanda et Munda", apparaît comme une vieille sorcière assoiffée de sang, échevelée, décharnée et revêtue d'une peau d'éléphant. Après avoir terrassé, rugissante, Chanda et Munda, elle se rua allègrement contre le démon Raktapa "suceur de sang" que les sept Matrika "petites mères de la création" n'avaient réussi qu'à blesser - or les gouttes de sang du démon se transformaient en autant d'autres démons semblables. Dévorant rapidement les petits démons déjà apparus et suçant avidement, à son tour, le sang du démon-vampire Raktapa, elle en fit une dépouille parcheminée.


Kâlî est parfois représentée debout sur Rati et Kama faisant l'amour. Dans sa main