• Ajna

Pourquoi nous continuons à vivre des conflits et des empêchements ?

Ces derniers temps, ce sujet revient souvent sur ma table de consultation et dans ma vie mais aussi dans mes contacts personnels, certains amis de chemin de Yoga me relatent des choses difficiles à vivre. La question se pose régulièrement : pourquoi, malgré notre recherche de paix, nous avons (encore) à vivre ces conflits et empêchements?



Les pistes de compréhension :


  • La vision psychologique "simpliste" et la voie de la communication non-violente.

On constate que les conflits sont résolus dès lors que chaque personne est capable de parler de son ressenti et qu'il est écouté. Lorsqu'également l'on peut envisager le point de vue de l’autre sans imaginer que tout est contre soi-même, sans être touché personnellement, et sans en craindre les conséquences. Mais aussi, lorsque chaque personne tient compte du ou des autres mais ne perd pas son individualité (ego) pour autant. Pas de soumission, pas de prise de pouvoir, mais un positionnement tranquille et ouvert, avec une envie commune de trouver la sortie pour le bien commun (et non pour sa propre tranquillité).

Néanmoins l'effort à fournir, selon les psychologies et les fonctionnements de chacun peut devenir très contraignant, voir colossal car l'expression des douleurs et des désaccords cache souvent d'autres enjeux entre soi et soi. Etre vrai, dire vrai n'est pas donné à tout le monde.

Si vous osez prendre le risque, vous savez que vous prenez le risque d'être démasqué dans vos fragilités, aux autres et à vous même.


Néanmoins, il est toujours possible, à partir de plusieurs points de vue différents, de créer ensemble du nouveau, c’est à dire non pas de trouver le plus petit dénominateur commun mais de donner naissance à quelque chose de vraiment nouveau (une idée, une façon de faire, d’être en relation, d’être, une œuvre, une chose, une décision….). C’est ce qui se passe lorsque l’on arrive à envisager la question « alors, que fait on pour que chacun soit vraiment satisfait ?» A ce moment là, on creuse, on cherche, on évolue, on envisage les choses sous plusieurs angles, et on trouve une idée, un moyen. A ce moment là, on crée. On est souvent joyeux d’ailleurs. Créer, c’est donner naissance à une œuvre, et trouver une solution qui satisfait pleinement deux points de vue opposés est une œuvre. Une œuvre produite par la confrontation bienveillante de deux points de vue au départ opposés. 1+1 = 3, c’est l’équation de la création.

Les relations que nous entretenons avec les autres sont une formidable, car très abordable, façon d’exercer notre pouvoir créateur. Et comme nous avons tous pu le constater, créer procure de la joie.

Les psychologues, thérapeutes de toutes méthodes confondues expliquent aujourd’hui que l’origine de ces comportements se trouvent dans nos egos (soit, pour faire simple, notre personnalité, l’outil qui nous permet d’agir et d’interagir dans ce monde et qui a été forgé à partir des expériences de la naissance et de la petite enfance) blessés, pour qui le point de vue différent des autres met en péril sa construction du monde et de lui même. Les paroles ou le comportement de l’autre réveille en nous une expérience douloureuse et challenge une croyance que nous avons forgée, sur nous mêmes ou le monde, qui était censée nous éviter de ressentir à nouveau la douleur de l’expérience passée. Les jugements, prêts d’intention ou contraintes ne seraient là que pour nous empêcher de ressentir l’émotion ancienne douloureuse. Le rôle des conflits serait donc de nous « montrer » les blessures à guérir en nous et les croyances à abandonner, afin de s’en libérer.

Je trouve, par expérience, que cette approche a beaucoup de sens, en tous cas, c’est un mode d’accompagnement qui permet effectivement de sortir de ses conflits intérieurs et de nous « laver » suffisamment pour que nos relations deviennent fluides et créatrices. Malheureusement cela ne suffit pas! Beaucoup travaillent dessus avec ferveur et pourtant ne se défont pas du "conflit" extérieur et / ou intérieur.


Mais, il y a autre chose : nous adoptons ces comportements délétères, pas seulement parce que nous sommes névrosés mais parce que nous avons un besoin impératif de nous sentir reliés et nous croyons que nous allons pouvoir ainsi conserver le lien, éviter les séparations. Nous espérons grâce à eux nous débarrasser du point de vue encombrant de l’autre, pour conserver l’illusion de la possibilité d’un unique point de vue. Deux points de vue trop différents sur un sujet qui nous tient à cœur est insupportable. On a l’impression que l’autre s’éloigne…de nous. Nous avons un tel besoin d’unité, de nous sentir en lien, reliés, que nous sommes prêts, par la contrainte ou la manipulation, à faire cesser l’existence du point de vue opposé et de l’influence qu’il peut avoir sur ma vie, ou par la soumission, à faire cesser notre propre point de vue. Car il ne s’agit même pas d’accepter le point de vue de l’autre, il s’agit simplement d’envisager son existence. Si dans un couple l’un veut partir en vacances au bord de la mer chez ses parents et l’autre louer un chalet en montagne pour la famille seule, il est possible qu’on assiste à des échanges du genre « tu n’as pas l’esprit de famille » (prêt d’intention), « tu ne peux pas te séparer de ta mère » (prêt d’intention), « il faut toujours faire ce que tu veux » (contrainte par culpabilisation), tu es « égoïste » (jugement), « une famille saine doit partir en vacances seule » (contrainte par appel à « ce qui se fait ») , toutes ces phrases ont pour objectif de délégitimer le point de vue de l’autre avant même qu’il ait eu le temps de le développer, d’effacer le fait même que l’autre n’est pas d’accord, lui faire ravaler ce qu’il vient de dire. C’est un refus du désaccord. Et pour peu que ces situations soient récurrentes, les deux trouveront en soupirant que ce serait tellement plus simple d’être du même avis…plus simple et plus sécurisant, plus doux…on serait « un »….


Cette solution de co-création existe, et elle est à notre portée : la méditation, la prière, la présence silencieuse à soi et à ce qui est, le contact solitaire avec la nature…. Ce n’est pas sorcier. Et ce ne devrait pas être un luxe, un moment que l’on s’offre au mieux une fois par semaine, ou en vacances, ou quand on trouve le temps. C’est une nourriture quotidienne absolument indispensable, autant que la nourriture physique. Car ces pratiques installent une intimité avec soi et « ce qui est plus vaste », qui permet, subtilement mais réellement, de se sentir relié, en sécurité, et d’avoir donc le courage d’envisager la confrontation des opposés sans la fuir ou la faire taire. Le courage de rester stable, juste un instant, au moment où le point de vue de l’autre m’agace ou m’inquiète. D’avoir juste le temps de braver sa peur et de se dire « OK, tu m’énerves mais vas-y, développe, je t’écoute, je vais utiliser ma peur ou ma colère pour construire une solution avec toi plutôt que de poursuivre le but illusoire de te faire taire ».

  • Nous vivons dans la matière.

Nous vivons une époque de conflits à l'extérieur, nous ne pouvons le nier!

Notre monde en 3D est exactement prévu pour cela : en effet notre monde sensible est celui de la dualité, tout est polarisé : Aucun concept n’existe sans son contraire : bien/mal, beau/laid, froid/chaud...Tout se définit aussi par ce qu’il n’est pas, nous compris. Si tout était bien, il n’y aurait rien à créer de plus, si tout était beau, il n’y aurait rien à ajouter….Notre monde est polarisé car la confrontation des contraires est source de création. Notre monde est illusion, la maya... les conflits viennent nous mettre en face de cela, DETRUIRE l'ILLUSION de l'unité que nous rêvons de sentir. Et c'est utile pour le chercheur.

Or, nous pouvons observer que bien souvent nos désaccords, et notamment ceux avec des personnes proches de nous, ne donnent pas lieu à création, mais plutôt à une destruction. Les relations fusionnelles donnent 1+1=1, les relations de soumission/prise de pouvoir donne la même équation : 1+1=1, les relations violemment conflictuelles peuvent donner 1+1=0, les relations parallèles donnent 1+1 =2.

Comment se fait-il que les désaccords puissent dégénérer en conflit destructeur de valeur plutôt que de participer à l’œuvre de création ?

La réponse que je propose de développer ici est la suivante : parce que nous nous trompons d’enjeu spirituel : nous poursuivons l’Unité, et notamment l’Unité-fusion, alors que l’enjeu spirituel de notre monde sensible est celui de la création.

Nos sens nous font croire que nous sommes séparés les uns des autres, du monde, du Tout, alors que nous aspirons à faire « un ». De ce fait, nous nous focalisons sur la recherche de l’Unité, ce qui se traduit par trouver des stratégies pour ne pas perdre le lien, notamment avec les autres, alors que notre joie, notre raison d’être, notre véritable aspiration est de créer du nouveau.

Ainsi nous n’avons pas, me semble-t-il, à rechercher ni à créer l’Unité, elle existe déjà, et cette erreur de cible nous fait adopter des comportements non adéquats qui provoquent des conflits destructeurs. Nous avons d’abord à la ressentir, par les pratiques qui le permettent, pour être ensuite capable de co-créer des solutions originales à nos désaccords. Le ressenti qui nait alors de la co-création s’appelle aussi l’Unité mais ce n’est plus exactement le sentiment d’être un, comme dans l’unité-fusion. C’est celui d’être 3, l’unité-création. Le monde de la dualité nous permet de créer, de faire 3 à partir de 1, si nous ne le refusons pas, il est possible que ce soit notre plus haute aspiration.

  • Se vider de ses opacités physiques et mentales.

Pénétrer la voie se fait de différentes façons selon notre personnalité de base et nos aptitudes. Mais il est essentiel de comprendre que l'effort devra être constant, soutenu, que nous allons "focusser" sur cela et uniquement sur cela. Défaire ses noeuds physiques, dans un premier temps, nous libérera de nos noeuds mentaux et apaisera la vitesse de défilement de nos fluctuations mentales.

Faire le choix d'entrer conscience dans une pratique spirituelle nécessite d'accepter d'entrer en zone de fragilité existentielle pendant de longues années. C'est pourquoi peu d'entre nous en ont la possibilité. Il faut du temps, il faut que la matière que nous avons mise en place précédemment nous permette d'avoir ce temps (l'argent, la vie familiale, ...). Il est très important que l'entourage comprenne ce que vous mettez en place, votre engagement; la famille, les proches, s'ils ne peuvent au mieux vous accompagner, on peut leur demander de prendre distance le temps de ... C'est pour cela que les disciples s'éloignent souvent du cadre relationnel habituel, seuls quelques tantrika complètement fous y arrivent ! Dans le meilleur des cas, vous êtes né dans la famille spirituelle adéquate et ouverte, c'est mon cas. Je les remercie du fond du coeur de m'accompagner, de me protéger, de m'écouter. :-)

Etudier la voie prend des années, des heures par jour... Ici, je ne vous parle pas de psychologie, ni de communication bienveillante, je vous parle d'entrer dans le jeu de la conscience et du SOI. Dans l'étude, dans la bhakti sans quoi rien ne peut devenir libre à l'intérieur de vous.


Alors, que se passera t il dans les premiers pas vers Dieu? Nous nous libérerons, nous nous dévêtirons de nos inutilités sociales, nous deviendront assez transparents pour Dieu puisse entrer. Se simplifier de TOUT :

- trouver du temps

- expliquer aux personnes ce qu'il va se passer

- trouver sa sangha, sa voie, son enseignement voire son guru / guide

- apprendre à faire confiance

- mettre en place une discipline et s'y tenir

- ne rien attendre de farfelu et ne pas nourrir de fantasmes "bobo-spirit" sur les effets de la quête.

...


Bref, comprenez que cela n'est pas un choix mais une nécessité pour ceux qui y entrent totalement.


Pendant ces premières années, vous allez être malmenés physiquement par les asanas, mentalement par les points de concentration, par la masse d'étude qu'il y aura à engloutir... Et oui! Le yoga est une discipline, un art exigeant qui demande courage et ferveur.

Occupés par ces aspects de la vie spirituelle, vous perdrez parfois pied avec la matière, avec les choses du quotidien, avec la vie mondaine,... ce qui est tout à fait normal (cela reviendra plus tard, lorsque vous serez assez forts). En attendant, le disciple ou le candidat disciple doit savoir mettre en place une protection autour de son corps physique et mental, quitte à paraitre aux yeux des autres pour un fou. "C'est pas grave, on s'en fout, non? " Hahaha. Normalement, c'est au guide de votre choix de la mettre en place avec vous. mais si vous n'en n'avez pas, faites le tri dans ce qui est indispensable dans votre vie organique et mettez de côté le reste.

Lorsque je vous parle de tri, je m'explique :

- le lieu de vie doit etre fonctionnel et simple,

- tri dans vos objets, tout doit être utile, si pas, donnez, vendez,

- vos relations, gardez uniquement les personnes qui vous tiennent vraiment à coeur,

- ne vous encombrez PAS !


Vous vivrez ainsi, avec plus de détachement et il y aura nécessairement moins de conflits. Conflits, que vous êtes, à ce stade, beaucoup moins capables de gérer. Tenez en compte !

Toute votre énergie vitale est orientée vers autre chose, il sera compliqué de créer des partenariats dans cet état d'entre deux mondes.

Si vous êtes amenés à en vivre, sachez vous en extraire sans aller dans des confrontations si possible. Car vous en serez trop rapidement touché, car trop sensible, occupés à vous rendre transparent, votre égo n'a pas la force d'agir.


  • Les attaques spirituelles.

Si vous lisez encore à ce stade, c'est que vous avez passé surement l'étape précédente. Que votre force humaine revient et que l'égo retrouve lentement sa fonction organique. La personnalité peut "Etre" sans gêne et vous avez dépassé vos peurs, ou presque. Les siddhis (les pouvoirs spirituels) arrivent lentement mais surement, et vous avez la foi. Parfait!

Et là, que peut-il se passer?

Tous les maîtres, les chamanes, les Yogis le relatent : "après l'extase, la lessive" et c'est parti pour le grand huit.

Vous allez être testés car vous êtes prêts. Lorsque vous avez la capacité de vivre dans le monde d'en bas, ici sur terre mais aussi dans le monde subtil, vous avez accès à beaucoup de choses, de présences. Des présences vont venir vous visiter et révéler le reste de vos peurs les plus instinctives. Ceci est le signe que vous êtes sur la bonne voie.

C'est à ce moment que vous allez pratiquer doublement afin de pouvoir rester dans votre axe puissant ancré dans la terre et dans la foi. Rien ne peut vous ébranler si vous restez alignés.


Pour ceux que cela intéresse, lisez Jack Kornfield.

  • Nous sommes testés dans la 3D.

Afin de continuer notre décorticage égotique et surtout de voir où vous en êtes avec la matière laissée quelques années avant, la matière va revenir vous tester avec justesse : conflits, colère, argent, sexe, ... Tout ce qui constitue la vie humaine viendra de plein fouet vérifier votre foi et votre alignement.

C'est à ce moment que vous allez vous questionner : mais qu'est ce que j'ai fait?

Et bien simplement, vous récupérez tout le paquet que vous aviez laissé plus tôt. Il est temps de guérir.

A vous de vous en occuper maintenant que vous vous connaissez. Vous vivez sur terre et vous devez être capable en tant que Jnanin (Yogi accompli) ou en tant que tantrika de nager avec aisance dans le flux de la vie, avec les aspects les plus simples de celle ci.


Adaptez vous et utilisez les moyens "humains" dans la 3D... Puisque dans les autres dimensions, vous savez quoi faire ;-)


Om Krim Kalikaye Namaha.




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