• Ajna

10 ans d'érosion des désirs

Lorsque j'ai commencé le Yoga dans sa globalité (les asanas, le pranayama et la philosophie), j'ai suivi un enseignement assez disciplinaire, plutôt axé sur l'ascèse et l'autodiscipline. Il me semblait qu'Être face à un enseignement aussi "stricte" me permettrait de restreindre ma nature spontanée, duelle et osons le mot "névrosée" 🤣. Je me suis donc astreinte à cet enseignement avec ferveur.



Je suis pleine de volonté par nature donc j'ai poussé la machine aussi loin que je pouvais à cette époque. Puisque qu'"Ils" disaient dans les textes que les élans passionnés n'amenaient pas la paix transcendantale, j'étais bien décidée à tordre le cou à mes désirs !

Et ils étaient nombreux à cette époque !

Ceci m'amena très vite à une pratique "sèche" et sans saveur. Mais aussi à des rapports conflictuels avec le monde puisque le fossé de la dualité entre le monde spirituel et le monde de la matière se creusait. Je tournais en rond en moi-même. J'avais certes gommé certains comportements mais c'était sans savoir qu'ils allaient revenir un jour me sauter à la figure en me disant : "Hey, Toi, tu crois qu'on est partis ? ON EST LÁ 😅!"


Puis, j'ai découvert par un joyeux hasard la pratique du Yoga dans sa vision intégrale et tantrique. Dans cette voie, il nous est indiqué de poursuivre nos désirs quels qu'ils soient et sans jugement ; dans le seul but de parvenir un jour à l'érosion de ces derniers. Wouah, vaste programme alléchant !


Quelle ne fût pas ma surprise de voir que des Yogis dits "tantriques" pratiquant Brahmacarya (le voeux de chasteté, de pureté incluant les 5 Yamas disciplinaires) ?

Je n'y comprenait plus rien. J'étais dans un flou artistique. Au lieu de poser des questions à ces Yogis tantriques, j'observais avec une certaine attention Yogi Matsyendranath (le guru) évoluer dans ce lieu de retraite où je séjournais : libre, spontané, dans sa tenue de renonçant orange, riant avec nous comme un enfant, mangeant avec plaisir et paraissant libre comme l'air. Libre de lui-même, libre de tout conditionnement. C'était un superbe exemple de tantrika éveillé ou semi éveillé (lui seul sait).


Aujourd'hui, je continue à avoir foi dans le tantrisme. Je tiens le cap.

J'ai gardé de mes premières années de Yoga mon côté Tapas (ascèse/discipline) ce qui me permet de fournir des efforts constants dans ma pratique tout en lâchant de plus en plus le contrôle sur "ce qui devrait être ou pas". J'ai acquis de la confiance en moi, dans le monde extérieur et dans l'humain.


Revenons aux désirs.

J'ai donc essayé les deux pratiques typiques du Yoga du Soi : la version orthodoxes des Yoga sutra et la version des tantras.


En forçant mes élans spontanés à se tordre vers la retenue, j'arrivais à les contenir mais je sentais bien qu'ils implosaient en moi-même allant jusqu'au dégout voir à générer de la honte envers mon être. Ce yoga ne s'occupe pas de la psychologie, il ne s'occupe pas de votre égo. Il veut juste que vous soyez droits et purs.... J'y arrivais en apparence mais bon Dieu que c'était dur, cela me faisait du mal. Et les désirs étaient de nouveau au bord de moi-même, prêts à me sauter à la gorge et à la gorge des autres. Il fallait se rendre à l'évidence : c'était totalement inefficace sur ma petite personne de l'époque !

Plus tard, j'ai commencé à apprendre les tantras...

J'ai remarqué qu'en laissant s'exprimer mes désirs, mes élans de vie sans jugement et sans culpabilité, ces mêmes désirs que je laissais dorénavant s'exprimer, ce sont, dans un premier temps, mis à faire la fête. Comme un enfant qu'on aurait laissé seul à la maison une petite heure. Je me suis mise à mettre la musique à fond, à sauter sur les lits et à manger des tonnes de bonbons. 🙄😇


Les années passant et l'étude du Yoga continuant, je me suis mise à me regarder "faire" et incarner ces désirs, comme si j'étais la réalisatrice du film, et en même temps l'actrice et la spectatrice. Comme dans un jeu, je m'observais, je riais de moi, je pleurais de moi.

Et puis, vient un moment où petit à petit, comme les vagues de l'océan, les petites habitudes vont et viennent. Elles nous font croire qu'elles sont parties, puis reviennent... On observe, on rit, on pleure beaucoup !


Un jour, elles ne reviennent plus ! Et je ne savait pas pourquoi, j'avais oublié en chemin le départ de toute cette quête. J'étais juste débarrassée de l'un ou plusieurs de ces désirs. C'était tellement devenu clair que je ne l'avais même pas remarqué.


Ce matin, je me suis rappelée la voie que j'avais choisi : ces petites habitudes ont disparues car elles se sont fatiguées d'elles-mêmes. Ces élans et ces désirs se sont dits : "allons voir ailleurs si un autre égo ne se remplit pas plus avec nous" !


Voilà une des raisons pour lesquelles je m'appelle dorénavant Satya et plus Sandra.


Avec le coeur.

Satya.








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